Lukas Graham

Naissance

18 Septembre 1988, Denmark

Biographie

C'est en 2010, sous l'impulsion du chanteur Lukas Graham Forchhammer, né à Copenhague le 18 septembre 1988, que le groupe de pop, de soul et de funk danois Lukas Graham voit le jour. La formation est alors complétée par Mark Falgren à la batterie, Magnus Larsson à la basse et Kasper Daugaard aux claviers, après que le poste fut brièvement occupé par Anders Kirk et Morten Ristorp. Lukas Graham débute en 2012 chez Copenhagen Records et connaît un gros succès local grâce à ses prestations qui poussent la compagnie Warner à développer le groupe dans le reste de l'Europe dès l'année suivante. Le premier album homonyme renforce leur notoriété grâce notamment aux titres « Drunkin the Morning », « Better Than Yourself » et « Ordinary Things ». En octobre 2015, deux singles propulsent Lukas Graham, pourtant pas encore distribué partout dans le monde, au rang de stars des ventes : « 7 Years » dans un premier temps, puis « Mama Said » dans la foulée. Extraits de l'album Lukas Graham (le second du nom, dit « Blue Album »), ils convainquent le label de miser sur une sortie internationale confirmée en 2016. Cette réussite est confirmée par le succès du titre « 7 Years », qui voit le groupe monter jusqu'à la seconde position du Billboard Hot 100 et rester dix-huit mois en tête des ventes au Danemark. En 2018, le simple « Love Someone » précède la sortie du troisième album 3 (The Purple Album), produit par Morten Ristorp.

Lukas Graham a le cœur sur la main ; ce n’est ainsi pas surprenant que le titre “7 Years”, sur lequel le chanteur danois (déjà une star incontournable dans son propre pays) évoque avec candeur certaines étapes de sa vie, avec son lot de pertes, d’espoirs et de rêves, ait propulsé son auteur vers de nouveaux sommets. Sorti à la fin de l’année 2015 et extrait de l’album éponyme, “7 Years” aura connu un succès phénoménal, un véritable effet boule de neige qui aura traversé tout 2016 et amassé plus de 20 millions de ventes (ou équivalent) dans le monde, se hissant à la première place dans 13 pays et récoltant au passage trois nominations pour les Grammy.

Mais la motivation de Lukas ne s’est guère essoufflée avec le succès : il est toujours prêt à bondir, afin d’être reconnu comme un artiste qui tente, sans relâche, de se dépasser et de faire mieux que ses gloires passées ou présentes. Avec son nouvel album long format, “3 (The Purple Album)”, le chanteur est en passe de remplir son objectif. 

Il y a trente ans, sa mère donna naissance à Lukas, sur leur canapé à Christiania, une enclave désœuvrée de Copenhague - une commune établie en 1971 et reconnue pour son commerce de cannabis et sa philosophie de vie ultra-libérale. Comme Lukas le dit si bien, il a grandi au sein d’une communauté progressiste avec ses propres valeurs et qui vivait en marge de la capitale danoise. Adolescent, les fouilles et la brutalité policière étaient choses courantes pour lui et ses amis. Ce sont ces années initiatiques que Lukas explore dans l’ouverture de l’album “Not a Damn Thing Changed” inspirée de ces expériences. 

« J’habite toujours à deux pâtés de maison de là où j’ai grandi. Je traîne toujours avec les mêmes gens, je peux aller visiter un ami et m’apercevoir qu’il n’est pas à la maison car il a été arrêté », explique Lukas. « Cette chanson rend aussi hommage à un de ces amis avec qui j’ai grandi et qui s’est pendu en janvier de cette année. Il avait trois mois de plus que moi et nous avions traversé cette vie ensemble. C’était le premier d’entre nous qui allait atteindre la trentaine. »

Alors que l’introduction semble sombre, elle est lancée véritablement comme un défi, avec des paroles qui déclament son amour pour sa communauté et témoignent de son mental d’acier : ce besoin d’arriver à faire quelque chose de sa vie, bien qu’aujourd’hui, avec le succès international, les objectifs sont tout autres : « J’ai quelques records à battre », chante-t-il. Bien que le titre “NADTC” dévoile un scénario où Lukas poursuit sur sa lancée, fidèle à lui-même, la chanson s’avère pourtant marquer un moment charnière dans sa vie, avec une évolution personnelle extraordinaire à l’image de ses ventes : son mariage avec son amie de toujours Rillo Schwartz (qu’il connaît depuis qu’ils avaient 18 ans) et la naissance de leur petite fille Viola. 

Retour à 2013, alors que Lukas était dans un tout autre état d’esprit, troublé par la mort soudaine de son plus grand héros - à savoir son père - il sombrait dans un cercle vicieux : des fêtes sans fin où l’alcool coulait à flot, le tout entre deux prestations ; raison pour laquelle il perd sa voix pour un moment. Aujourd’hui, il s’entraîne presque quotidiennement (activité favorite, les anneaux de gymnastique), il pèse près de 15 kilos de moins et ne boit presque plus. Alors que sur l’album “Lukas Graham” sa peine prenait le devant, la mémoire de son père passe au second plan sur “3”, tout en étant évoquée de manière poignante comme sur le titre “Lullaby” (dédié à sa fille), et “Church Ballad”, où, comme lors d’une scène finale très cinématique, Lukas décrit sa marche vers l’autel pour rejoindre Rillo, à l’endroit même où son père reposait.

« Ce sont des émotions assez intenses » confie Lukas. « Je craignais de faire tout un album sur ma fille, tout comme je craignais d’en faire un entièrement dédié à mon père. J’avais écrit de nombreux poèmes et composé beaucoup de chansons après la mort de mon grand-père, car ce sentiment de deuil est une grande source d’inspiration. Mais si vous restez focalisés là-dessus, vous êtes bloqués, et mon père m’avait toujours conseillé de ne pas me laisser submerger par ce sentiment. »

Alors que l’album a été presque entièrement écrit et enregistré entre septembre 2017 et avril 2018, Lukas passe encore deux mois à Copenhague avant de s’envoler pour LA avec Rillo et Viola afin d’y apporter les touches finales avec la même équipe que sur l’album précédent ; ses acolytes, les réalisateurs Morten “Rissi” Ristorp, Morten “Pilo” Pilegaard, le compositeur Stefan Forrest et l’ingénieur David LaBrel. C’est grâce à ce travail collectif que l’alchimie prend forme : les refrains sont fluides et vous restent instantanément en tête, comme l’illustre parfaitement le premier single “Love Someone”. Avec quelques simples accords de guitare en fond, Lukas évoque cette vulnérabilité qui vous habite lorsque vous comprenez que des enjeux croissants signifient aussi des risques plus grands.

« Les moments où vous essayez de vous en sortir sont simples en fait - vous n’avez rien à perdre » admet Lukas. « Mais après la naissance de Viola, j’ai réalisé que je pouvais tout perdre, ma famille et ma femme si je me comportais comme un abruti. Mais ce n’est pas une chanson d’amour triste, c’est un message plutôt positif que je lance. »

Sur d’autres titres, des refrains gospel et des chansons soul gorgées de cordes (“Hold My Hand”), se placent harmonieusement aux côtés de titres R&B pétillants qui vous invitent à prendre part (“Unhappy”). La pierre angulaire de l’album “You’re Not the Only One (Redemption Song)”, une chanson où Lukas se tourne vers l’extérieur, citant ses héros musicaux Bob Marley et John Lennon. C’est un appel à l’unité et à l’amour en ces temps de discorde et d’incertitude politique dans le monde. Il ne prétend pas avoir de solution, mais comprend que le changement commence par soi-même, citant le philosophe chinois Confucius “Si tes projets portent à un an, plante du riz, à dix ans plante un arbre, à plus d’un siècle développe les hommes.”

C’est néanmoins lorsque ses paroles sont directes et autobiographiques, qu’il excelle. C’est dans l’universalité de thèmes profondément personnels que l’auditeur peut extrapoler les nuances complexes des relations humaines. Ainsi, toujours dans le titre “Unhappy”, il aborde les problèmes de communication qui viennent entre deux personnes qui tentent de grandir ensemble : “J’essaye de voir les signes / de lire entre les lignes”, chante-t-il.

« Je ne pense pas que ce soit quelque chose de propre à la relation homme-femme, c’est vrai dans tout type de relations” précise Lukas. « D’accepter ce fossé de communication est parfois la chose la plus utile à faire. Si nous nous disputons, laisse-moi être celui à tes côtés. » Lukas poursuit sa réflexion profonde sur “Everything That Isn’t Me”, où il réconcilie le garçon qu’il était avec l’homme qu’il devient, alors que sur “Promise” et “Stick Around”, il évoque la pression que représentent les responsabilités croissantes et le grand huit émotionnel qui découle d’une vie tiraillée entre sa famille et la scène. Rillo fond en larme à chaque fois en écoutant cette dernière chanson.

De bout en bout, Lukas poursuit son introspection qu’il exprime de plus belle sur “Hold My Hand”, « Si je suis vraiment un trou du cul parfois », avoue-t-il, se livrant d’autant plus, « Vous savez que je ne suis pas le meilleur mari, père, fils ou frère à tous moments, mais me tiendrez-vous quand même la main jusqu’au bout ? »

Le nouvel album “3”, malgré l’intensité des thèmes abordés, propose néanmoins des mélodies légères qui font rentrer dans la ronde à chaque tour ; car telle était l’intention : « Je veux que le gens dansent » dit-il simplement. « C’est certainement un album plus mûr, mais j’y insuffle encore plus de vie. » Cette vie qu’il vit en ce moment, une qu’il partage aussi spontanément et nous permet de nous sentir un peu moins seul.